PRESSE

Nice-Matin - L'éditorial de la semaine "Signé Roselyne"

Une plume exacerbée pour décrypter l'actualité

Tous les dimanches dans les journaux du groupe Nice-Matin, je décrypte pour vous les moments forts de la semaine écoulée et vous donne les éléments d’analyse pour décoder les polémiques et les débats.
 
Vie politique française et internationale, incursions culturelles, réflexions sociétales, Signé Roselyne aborde tous les sujets en égratignant sans complaisance mais sans méchanceté les protagonistes du spectacle médiatique qui a animé l’info hebdomadaire.
 

Forum Opéra

Forum Opéra est la publication francophone dédiée à l’art lyrique la plus lue. Des chroniqueurs spécialistes vous font découvrir les opéras et l’actualité lyrique de façon fouillée et professionnelle.
 
J’écris régulièrement des articles : interviews et éditos sont ma spécialité. Vous pouvez consulter gratuitement Forum Opera sur le net, la publication étant mise à jour quotidiennement.

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Editorial Nice-Matin du 18 novembre 2018

 
MARDI
 
Non seulement le tweet de Donald Trump était insultant pour Emmanuel Macron mais il l’était également pour l’ensemble du peuple français. Si on prend la peine de décrypter l’éructation trumpiste, le président des Etats-Unis nous a purement et simplement traités de collabos et indiqué que nous étions en passe de rallier les nazis si les GI n’avaient pas débarqué en Normandie ! Comme d’habitude, l’énergumène a menti en inventant une surtaxation inexistante des vins américains, manipulé la vérité en transformant la déclaration de Macron sur la défense européenne puis s’est permis une incursion en jugement de la politique intérieure française. Tout cela serait risible et certains ont fait remarquer à juste titre que le président de la république avait rejoint le club de plus en plus encombré des dirigeants et des pays gravement outragés par l’ancien magnat de l’immobilier. Le point commun de ces parias : ils sont tous des alliés fidèles des Etats-Unis. Les bonnes grâces de Trump sont réservées à la Corée du Nord, à la Russie et à l’Arabie saoudite. Mais le plus lamentable a bien été de voir les responsables de partis de droite, -LR en tête- incapables de surmonter ne fut-ce qu’un instant la détestation que leur inspire Macron et se ranger de facto du côté de Donald Trump. J’ai pensé à mes parents, résistants tous les deux et gaullistes de la première heure. Leur mémoire n’avait pas été défendue par ceux qui se proclamaient leurs successeurs et les larmes me sont montées aux yeux.
 
JEUDI
 
Ce matin, alors que nous n’avons pas encore été emportés par la marée « jaune » annoncée par les médias, il faut tenter de ramasser les pièces du puzzle sans queue ni tête qu’est devenue l’opinion publique dans notre pays. Inutile d’essayer de raisonner, d’aligner des chiffres, d’expliquer l’origine des hausses, de faire des comparaisons internationales, de se placer dans une configuration géopolitique qui fait de nous un des pays les plus favorisés de la planète même pour les plus pauvres. Celui qui tente cette pédagogie inopérante est immédiatement taclé : vous êtes un privilégié, vous ne connaissez pas les difficultés des « vraies gens » et injure suprême, vous êtes un parisien ! Comme si payer un loyer trois fois plus élevé qu’en milieu rural, respirer un air bourré de dioxyde d’azote et de particules fines, partager son hall d’entrée avec des SDF ou des dealers, voir son quartier occupé par un campement de migrants, supporter un cout de la vie de 8,8 % supérieur à la province et s’entasser à 6 heures du matin dans un RER ou un métro bondé, tout cela relevait d’une France des privilèges. Les difficultés de certains français sont bien réelles et d’ailleurs beaucoup de ceux et de celles qui souffrent le plus ne se plaindront jamais par pudeur ou par fierté. Dans le mouvement dit des « gilets jaunes », ce qui est le plus contestable n’est pas la volonté légitime de s’exprimer et de se révolter mais le discours de haine de l’autre véhiculé par certains de leurs responsables autoproclamés. Haine des politiques tous pourris, haine des scientifiques tous vendus, haine des journalistes tous complices, haine des syndicats tous incapables. Allez sur les réseaux sociaux, regardez la page Facebook ou le fil Twitter de… Et puis non, n’y allez pas : cela vous ferait perdre confiance en l’humanité. 
 
SAMEDI
 
En cette fin d’après-midi, je ne sais ce que donnera à terme le mouvement des gilets jaunes. L’image n’est pas franchement bonne. Mouvements désordonnés et désorganisés, opérations de blocage alors qu’au départ cette méthode illégale et dangereuse avait été récusée, messages de revendications confus agrégeant des exigences contradictoires, journalistes pris à partie ce qui est quand même le comble de l’ingratitude si l’on veut bien considérer l’incroyable opération de promotion du mouvement effectuée par tous les médias, tout cela compose un tableau inquiétant quelle que soit par ailleurs la sympathie que l’on porte à cette manifestation. Première leçon à tirer : sans être un véritable échec, l’appel à la mobilisation générale est très loin d’avoir mis dans les rues les millions de français espérés par les organisateurs. Ils étaient environ 250.000 dans toute la France et les syndicats qu’on disait ringardisés font beaucoup mieux dans la protestation. Pour autant, le gouvernement aurait bien tort de se réjouir :  la grogne n’a pas disparu parce que l’on est resté devant sa télé. Autre leçon : les incidents graves, dont au moins un mortel, n’ont pas opposé les manifestants aux forces de l’ordre –d’un professionnalisme qu’il faut saluer- mais à des citoyens de base qu’on prive de leur droit fondamental de libre circulation. Ils ont ainsi signé l’incapacité de l’encadrement d’assurer la sécurité de ses troupes. Une organisatrice à Dijon faisait ce terrible aveu que à la base, on voulait quelque chose de pacifique, ça nous a échappé, on le regrette profondément. S’avancer dans une poudrière avec une torche enflammée peut effectivement réserver de mauvaises surprises. Dans quelques jours, la période des fêtes jettera dans les rues des millions de personnes. Si elles se voyaient empêchées de circuler comme cela s’est passé sur les Champs-Elysées, nul doute que l’opinion publique aurait vite fait de se retourner.
 

Brève Jonas Kaufmann en récital au Théâtre des Champs-Elysées

Certains esprits perfides ont imaginé –on ne prête qu’aux riches- que j’étais à l’origine du cadeau offert à Jonas Kaufmann après son récital triomphal au Théâtre des Champs-Elysées. En effet, une admiratrice lui a tendu un paquet contenant …des exemplaires de la marque « Le Slip français » ! Je rassure donc les âmes délicates en leur indiquant n’être pour rien dans cette inconvenance. Toutefois, je peux vous assurer que Jonas a retenti d’un énorme éclat de rire quand je lui ai indiqué que nombre de ses admiratrices regrettaient qu’il ne les eût point essayés sur scène. 

Editorial de Octobre 2018 sur Forum Opéra

NON SUNT ANGELI, ILS (ET ELLES) NE SONT PAS DES ANGES…
 
Il y a quelques années, le Vatican avait commandé des travaux de rénovation de salles de travail destinées aux cardinaux. Visant le projet pour avis, le pape avait remarqué que n’avaient pas été prévu ce qu’il est convenu d’appeler des « commodités ». Avec humour, il avait alors noté en marge « non sunt angeli », ils ne sont pas des anges ! 
On est fondé à se demander si la même observation ne pourrait pas être relevée à l’endroit de certains admirateurs de nos stars de l’art lyrique, admirateurs qui ne supportent aucune référence à la nature humaine, très humaine, parfois triviale des corps-instruments que sont   les chanteurs et les chanteuses. Cette sublimation mérite qu’on s’y arrête. Sans aller aux outrances psychanalytiques systémiques d’un Michel Schneider, nombre d’auteurs ont décrit la relation d’ordre fétichiste qu’entretient le passionné d’opéra avec l’objet de sa passion. Il en vient alors à manier l’outrance et l’insulte vis-à-vis de celui ou celle qui commet ce qu’il considère comme un sacrilège. Je viens moi-même d’en subir les orages et la vindicte à deux reprises dans les colonnes de ForumOpera avec une violence qui confinait parfois à la haine. 
Qu’avais-je donc fait pour être ainsi clouée au pilori ?
Mon premier péché mortel remonte au mois de mai 2018. Rappelez-vous, notre magnifique Julie Fuchs* venait d’être évincée de l’Opéra de Hambourg et du rôle de Pamina au motif de grossesse. Mon éditorial partageait l’indignation générale et stigmatisait les arguments fallacieux du directeur Tillman Wiegand. Toutefois, je mettais à profit ce manquement pour faire un rappel des éléments physiologiques et anatomiques qui, tout au long de leur parcours génésique, impactent l’appareil phonatoire et la colonne d’air des chanteuses, entrainant des modifications de l’émission vocale, parfois bénéfiques, souvent pénalisantes. Mon Dieu, quel déchainement ! Comment pouvait-on oser employer des termes aussi choquants, aussi vulgaires que grossesse, hormones ou ménopause ? Certain m’accusa de procéder à des « comptes d’apothicaire », me renvoyant sans ménagement à mon titre peu reluisant sans doute de docteur en pharmacie. Pourtant chacun sait, n’est-ce-pas, que nos divas enfantent par immaculée conception et qu’elles ne sont soumises à aucune des contingences de leur sexe…
 
Aurais-je du alors me couvrir la tête de cendres, me rendre à genoux sur la tombe de La Callas ou mieux faire publiquement acte de repentance -c’est du dernier chic- dans quelque gazette à fort tirage ?
Je soutiens au contraire qu’un vrai amateur d’opéra doit connaitre ces contingences pour apprécier à sa juste valeur l’extraordinaire exploit physique et mental que représente l’acte de chanter, comprendre qu’une défaillance peut arriver à tout moment, qu’une voix se détruit et se reconstruit chaque jour dans un patient travail de ravaudage, que la peur est constante sur une scène et qu’elle peut détruire. C’est précisément par la connaissance des vicissitudes, des lâchetés et des misères de ce métier qu’on en apprécie sans mesure l’incommensurable magie. C’est parce qu’on tremble pour elles et pour eux que l’émotion devient alors un partage charnel véritable et non une adoration qui les désincarnent. 
 
Mais décidément, j’ai aggravé mon cas. Les contempteurs ont remplacé le bouquet d’orties par le fouet à lanières cloutées. Je vous laisse donc apprécier le crime. Le 20 septembre dernier, notre divo assoluto, autrement dit Jonas Kaufmann, donne un récital de lieder absolument sublime au Théâtre des Champs-Elysées et Clément Tailla en fait dans ces colonnes une critique dont je partage chaque attendu. Nous étions envoûtés et eûmes du mal à redescendre sur terre.  Mais à la fin des rappels les rires ont fusé. Une admiratrice –peu inspirée, il faut l’avouer- remettait au munichois un paquet contenant quelques exemplaires de la marque le Slip français. L’affaire était suffisamment incongrue pour être drôle et mériter une brève qui n’avait rien d’attentatoire à l’immense talent de Kaufmann. Misère de misère. Quelle bronca… Les pourfendeurs montaient au créneau et un lecteur exigea que la rédaction retire ces quelques lignes qu’il devait considérer comme un acte de lèse-majesté. Tout y est passé dans le genre des attaques personnelles les plus basses. Heureusement l’immense majorité des lecteurs de ForumOpera est dotée d’un bienfaisant sens de l’humour et a simplement souri de l’anecdote. Certains d’entre eux ont été révulsés devant la grossièreté des attaques et me l’ont fait savoir. Qu’ils et elles en soient remerciés. Mais la meilleure réponse aux pisse-froids, aux pisse-vinaigres, aux peine-à-jouir de tout poil, aux gardiens autoproclamés de la bienséance lyrique, a été donnée par Jonas lui-même. Quand je suis allée l’embrasser après le spectacle et que nous avons évoqué ce cadeau…embarrassant, il a éclaté de ce rire sonore, rabelaisien, truculent qui est sa marque de fabrique. 
C’est bien là qu’est le paradoxe et le miracle de l’art lyrique. Jonas Kaufmann nous avait emmenés au ciel et pourtant il se refusait bien à être un ange. 
Sans rancune, les amis.
 
 
 
 
*Belle occasion pour moi de féliciter la belle et talentueuse Julie Fuchs pour la naissance de son petit Dario. Que la vie soit douce pour le bébé et ses heureux parents.